Et si l’écoute n’était pas innée

Dans ce dossier, nous aborderons une double thématique, à savoir l’écoute et la vieillesse. Comme vous le verrez, la première partie abordera certains ingrédients de l’écoute, sujet choisi suite à l’une des formations organisées par Volont’R.  Le hasard – ou peut-être pas – veut que la majorité des personnes ayant participé à cette formation soient volontaires en maison de repos. D’où le deuxième sujet du dossier : que reste-t-il à la fin de la vie et de quoi avons-nous besoin pour qu’elle se termine au mieux ? Cette deuxième partie est basée principalement sur l’interview de deux invitées ayant participé à l’échange qui a suivi la projection du film du même nom « Que reste-t-il… ? »

un volontaire tient la main d'une personne âgée

Le volontariat relationnel, c’est un type de volontariat un peu spécifique, basé sur la relation et l’écoute. À première vue, puisque nous entendons, nous savons écouter…Cela semble logique. Et pourtant, faites le test. Vous êtes en train de faire la cuisine ou vous êtes occupés à travailler sur votre ordinateur par exemple et votre compagne ou compagnon vient vous parler d’un problème au boulot. Vous avez entendu que quelque chose ne va pas avec son supérieur mais avez-vous vraiment écouté ? Seriez-vous capable de redire quelle est sa demande ? La réponse est bien souvent non. Parce que pour écouter, il faut être disponible. Et c’est bien difficile d’écouter lorsqu’on pense à sa liste de courses ou lorsqu’on est soi-même préoccupé par quelque chose.

Voilà pourquoi Volont’R propose une formation de 3 jours pour découvrir comment être mieux à l’écoute de manière générale mais surtout dans le cadre du volontariat en maison de repos, en clinique etc.

Se former pour « mieux écouter »

Nadia est volontaire à la résidence Arcadia à Bruxelles où elle propose des ateliers créatifs aux résidents. Ce qui l’a motivée à s’inscrire à une formation à l’écoute, c’était de pouvoir mieux comprendre les résidents. Elle se rendait bien compte qu’on n’est pas à l’écoute « n’importe comment ».

Écouter, ce n’est pas seulement être à l’écoute des mots que prononce quelqu’un. C’est bien plus que cela. Lorsqu’on est en relation, tout notre corps s’exprime – de manière plus ou moins discrète en fonction des situations et des personnes. Le ton de la voix peut déjà dire beaucoup sur une personne, son regard absent ou présent, le rythme de sa respiration etc. Des études montrent même que la communication non-verbale représenterait environ 90% de la communication. Mais nous n’avons plus beaucoup l’habitude d’y prêter attention…

Des pistes pour entendre et pour écouter

Un des buts de la formation est de ressortir avec des pistes pour mieux  être à l’écoute  de l’autre et parfois entendre ce qu’il ne dit pas nécessairement avec des mots. Finalement, comme le dit Marie-Lyse, participante et volontaire, « écouter, c’est aller à la rencontre de l’autre dans ce qu’il vit, sans attente, sans lui imposer quelque chose » ; c’est lui donner une place pour qui il est, différent de moi – avec une autre expérience de vie, d’autres croyances peut-être, une autre façon de s’exprimer etc.

Anne-Marie, également volontaire dans une maison de repos près de chez elle, retient d’ailleurs l’importance de tenir compte de cette différence. « Être à l’écoute de l’autre, c’est me mettre dans son paysage, dans sa carte du monde. L’essentiel, c’est comment le résident vit les choses, les ressent en lien avec son contexte, son histoire etc. Même si moi, je n’aurais pas nécessairement réagi comme cela. »

L’autre est autre

Pour me mettre réellement à l’écoute du patient ou du résident, j’aurai donc d’abord besoin de faire abstraction de moi. Bien sûr je reste encore là dans mon individualité mais il est important que je prenne conscience que l’autre est autre. Et que les solutions qui me semblent bonnes pour moi ne le seront pas nécessairement pour celui que je rencontre. Nous avons souvent tendance à vouloir trouver des similitudes avec l’autre, à faire des comparaisons « c’est comme moi… » et à intervenir lorsqu’il parle.

Une des pistes avec lesquelles Nadia repart suite à la formation est justement cette nouvelle capacité à ne pas se mettre à la place de l’autre. « J’ai appris à écouter les gens jusqu’au bout, sans donner mon avis ou des conseils. Anne-Marie confirme « grâce à la formation, j’ai appris à écouter sans interférer et donc à « être vraiment à l’écoute », sans me sentir obligée de trouver des solutions. »

Le piège des solutions…

En effet, une autre tendance que nous avons dans l’écoute, c’est de vouloir donner des conseils. Un volontaire est une personne qui, bien souvent, s’engage parce qu’il a envie d’aider autour de lui, de différentes manières. Un volontaire qui s’engage dans le relationnel a aussi cette envie de trouver des solutions pour soulager ceux qu’il est amené à rencontrer.

Et pourtant, ce qui ressort des 3 jours de formation, c’est qu’on ne demande pas au volontaire de trouver des solutions. Écouter, ce n’est pas donner des conseils ou raconter sa propre expérience. C’est d’abord permettre à la personne de déposer ce qu’elle a envie de déposer ou de partager ce qu’elle a envie de partager. Et elle a réellement besoin pour cela que le volontaire –  ou le personnel soignant –  soit présent et disponible.

Un élément primordial qui fait encore partie de cette capacité à écouter, c’est « la juste distance ». Pour Anne-Marie, c’est réellement une piste qui va l’aider dans son volontariat. Être à l’écoute, ce n’est pas porter toute la souffrance qu’on peut parfois rencontrer. « On n’est pas là pour résoudre leurs problèmes ou leurs difficultés. On peut être là pour qu’ils puissent les déposer et qu’ils se sentent entendus. Cela ne parait pas suffisant mais c’est vraiment déjà beaucoup. »

Quelques notions d’écoute active

Une fois que certains pièges brièvement évoqués plus haut sont écartés, nous sommes plus disponibles pour accompagner la personne dans l’ici et maintenant. C’est alors que nous pouvons « activer » notre écoute en passant par différentes étapes, dont celle de la reformulation. Parfois, le simple fait de reprendre les paroles qu’une personne a prononcées l’aide à aller plus loin ou à s’interroger sur ce qu’elle a dit. Ecouter ne résout donc pas toutes les difficultés et cela s’apprend petit à petit, en situation. Mais comme le raconte Marie-Lyse, c’est déjà beaucoup. Dernièrement, alors qu’elle avait souvent tendance à vouloir trouver des solutions pour l’autre, Marie-Lyse a accompagné une vieille dame qui ne se sentait pas bien dans la maison de repos. Elle a pris le temps de l’écouter… simplement. « J’ai vu que ça lui a fait énormément de bien. Elle s’est sentie plus calme après le moment qu’on a passé ensemble. »  Pour cette volontaire, « cela peut ouvrir beaucoup de portes d’être à l’écoute. »

Volont’R organise 2 formations à l’écoute par an. N’hésitez pas à consulter notre site internet www.volontr.be ou à contacter Solange Deberg au 02/ 219 15 62 pour plus d’infos sur les prochaines dates. Ces formations sont gratuites pour les volontaires de l’asbl.

A mettre dans la première partie du dossier : Illustration : vol écoute

 

Jusqu’au bout, on a besoin de trouver un sens à sa vie pour qu’il reste quelque chose…

Depuis quelques années maintenant, Volont’R organise une après-midi film-débat sur différentes thématiques. Cette année, nous nous sommes intéressés à la dernière période de la vie avec le film « Que reste-t-il … ? ». À cette occasion, nous avons pu compter sur la présence de deux intervenantes ayant une longue et riche expérience dans l’accompagnement des personnes âgées et de leur famille.

C’était une opportunité pour Volont’R  d’aborder des questions liées à la vieillesse – à ses difficultés mais aussi à ses richesses – à la place que nous donnons à la personne âgée dans notre société et aux initiatives nouvelles autour des aînés, du lien,…

Échange sur ces questions avec Emmanuelle Charlier, psychologue et psychothérapeute, et Eléonore Sagehomme, chef de service à la Maison de Repos Malibran pour le secteur paramédical et social.  

Volont’R : Quel est votre ressenti après le film ? Qu’est-ce qui est le plus difficile à vivre dans la vieillesse selon vous ?

Eléonore : Ce qui m’a marquée dans le film, ce sont toutes les réflexions sur la vieillesse en général dans notre société. Mais pour moi, ce qui ressort surtout de la projection, c’est toute cette dimension de l’amour qui est essentielle pour l’être humain à tout âge. Le réalisateur a vraiment mis l’accent sur le sens de la vie et l’amour qui nous fait vivre.

Cela souligne aussi la question de la solitude du coup, même si elle n’est pas vécue par tout le monde de la même façon. Pour certains, la solitude est quelque chose de très difficile à vivre, peut-être encore plus lorsqu’ils sont à domicile. D’où le rôle primordial des soignants qui se rendent chez les vieilles personnes. Par contre, pour d’autres, ce qui sera difficile à vivre dans la vieillesse, ce sera l’insécurité parce qu’elles ne sauraient plus réagir si on leur fait du mal. Tout dépend donc de la personne âgée, de son vécu, de ses expériences et de ses besoins.

Mais de toute manière, la vieillesse est un deuil à faire par rapport à son vécu, tout comme l’entrée en maison de repos est également un moment de crise. On ne se prépare pas suffisamment à vieillir, c’est encore vécu presque comme un échec de vie…

Personnellement, je vois pourtant aussi la vieillesse comme quelque chose de magnifique. Il est donc grand temps de faire évoluer l’image que nous en avons au premier abord. Le fait de transmettre tout un savoir, le fait de pouvoir garder le lien entre la famille (avec les enfants, les petits-enfants si on en a),  la vision différente qu’on a de la vie à 80-90 ans, tout cela n’est pas mis en évidence alors que c’est primordial.

Une personne vivante jusqu’au bout

Emmanuelle : La première réflexion que je me fais suite au film, c’est que jusqu’au bout, on a besoin de trouver un sens à sa vie. Et souvent, la question qui se pose, c’est : est-ce que la personne âgée que je rencontre trouve encore du sens ? Une vieille personne est plus dans le bilan de sa vie, elle est dans sa recherche de sens en lien avec son histoire. Alors je me demande comment je peux l’accompagner dans cette recherche de sens.  

Selon moi, plus on séparera les générations, plus on y perdra. Une personne âgée est une personne vivante jusqu’au bout, qui a son histoire et des choses à transmettre. Mais aujourd’hui, il manque malheureusement de lieux d’ouverture vers nos aînés. Ils sont soit à domicile, soit dans les maisons de repos.  Pour aider une personne âgée dans sa quête de sens, je pense que ce que nous pouvons faire, c’est déjà d’accepter de changer notre regard sur la personne. Et donc ce qu’elle nous dit, même si on ne le comprend pas toujours, cela a un sens.

Volont’R : Comment pourrait-on mieux « apprivoiser » la vieillesse ?

Emmanuelle : Ce qui est intéressant, c’est que nous allons tous devenir vieux un jour. Alors, si nous nous mettions à la place des vieilles personnes, demandons-nous de quoi nous aurions besoin ? Même âgé, nous avons besoin de contact humain et d’échange. Et ce que nous avons tous en commun, jeune et vieux, c’est une histoire. Pour se rencontrer et s’apprivoiser, nous pouvons commencer par échanger sur nos histoires.

L’important, ce n’est pas la jeunesse éternelle mais de rester « éveillé », de continuer à se poser des questions, à réfléchir, à partager,… Et cela tout en étant âgé ou malade, on peut continuer à le faire. En Afrique par exemple, les aînés sont considérés comme des sages parce qu’ils détiennent le savoir de toute la communauté.  Ça leur donne un sens, ça les maintient dans l’éveil.

Eléonore : Tout le monde doit être acteur par rapport à cela mais les projets intergénérationnels par exemple peuvent nous aider à voir la vieillesse autrement. Et ce changement de regard, il va dans les deux sens : des jeunes vers les vieux et des vieux vers les jeunes. Nous avons tous quelque chose à nous transmettre et selon moi, il faut faire confiance à la vie par rapport à cela. Est-ce un hasard si l’enfant nait, qu’il grandit, devient adulte et puis a lui-même des enfants ?  À ce moment-là, les parents ont fini de travailler ou se rapprochent de la pension et ont du temps à consacrer aux petits- enfants. La difficulté aujourd’hui, c’est qu’on ne vit plus tous dans le même village ou dans les environs. Il y a donc de nouveaux liens à inventer. Accepter par exemple que toute personne âgée pourrait être le grand-parent de jeunes enfants.

Redonner à nos aînés leur place d’intervenant comme chacun

Emmanuelle : Pour moi, ce qui est urgent, c’est de redonner la place à la personne âgée au sein de notre société au lieu de l’isoler. Il est urgent de lui donner un micro, de lui donner la parole et de la considérer comme un partenaire actif dans les décisions. Or aujourd’hui, on la met de côté et du coup, beaucoup de nos aînés s’isolent, se retiennent de dire… Alors qu’ils ont tant de choses à partager avec nous et à nous apprendre.

Volont’R :  Les projets intergénérationnels sont-ils des pistes ?

Emmanuelle : Si on creuse un peu, il y a des projets qui marchent bien et qu’il faudrait absolument développer davantage. Je pense à une association dans la région de Liège (le Balloir, ndlr) où une maison de repos est mise en lien avec une maison maternelle. Les personnes âgées viennent par exemple jouer avec les enfants, leur lire des histoires comme le ferait n’importe quel grand-parent. Du coup, la personne âgée, qui est parfois fort éloignée de sa famille ou qui est seule, retrouve le sens du « grand-parent » avec d’autres petits-enfants. Et l’on remarque que la vieillesse devient beaucoup moins lourde à porter. Les personnes vont mieux, se retrouvent moins seules parce que du lien et du sens ont été recréés.

Volont’R :  Si vous étiez « ministre du 3ème et 4ème âge… », quel serait le chantier le plus urgent selon vous ?

Eléonore : J’aurais d’abord besoin de réétudier à fond la question pour agir au mieux mais mon souhait serait de « réintégrer » les personnes âgées dans notre société, qu’elles soient vues comme toute autre personne et qu’on reconnaisse que devenir vieux, cela fait partie intégrante de l’évolution de tout être humain ; que vieillir, ce n’est pas un échec de vie. Pour moi, ce qui est essentiel et fondamental, c’est d’essayer de recréer ce lien entre la personne âgée et les autres générations. C’est ce qui donne du sens à la vie : le lien.

Emmanuelle : Pour moi, il y a deux priorités. Premièrement, il est urgent de favoriser et de soutenir des initiatives qui ont pour but d’améliorer le vécu des aînés au quotidien. Et pour cela, de multiplier les lieux de rencontre et d’ouverture vers les personnes âgées afin de privilégier l’échange. Je développerais des maisons collectives ou communautaires où chacun aurait son petit univers mais où il y aurait des lieux collectifs. La buanderie où faire ses lessives en commun, une plaine de jeux où jouent les enfants et où les mamans papotent avec les aînés ou encore des potagers communs où l’on partage la terre et les cueillettes. Heureusement, certaines communes commencent à lancer de petits projets. Il est urgent de continuer dans cette direction-là.

Si vous aussi, vous avez envie d’organiser une projection du film « Que reste-t-il… ? », vous pouvez prendre contact avec nous ou avec le Gsara qui en assure la distribution.

 

« Que reste-t-il… ? » est un film de Felipe Sandoval, réalisé en 2014 et distribué par Gsara Production.

Contact pour se procurer le dvd : Gsara asbl

Rue du Marteau, 26 – 1210 Bruxelles

Tél : 02/218.58.85 – fax : 02/217.29.02 – info@gsara.be